Le poker : hasard ou stratégie ?

Cigital Inc., une société spécialisée dans l’informatique et la sécurité, a cherché à démontrer que le poker est d’avantage un jeu de stratégie qu’un jeu de hasard. Cette question est abordée tout au long du rapport « Analyse statistique du Texas Hold’em », publié en étroite collaboration avec Pokerstars et REEL (Rational Entertainment Entreprises Limited).

Le poker : La réponse du rapport Cigital

News et actualités du monde du poker en ligne et du poker de tournoi Les auteurs, S. McCulloch (enseignant à l’université Wesleyan, dans l’Ohio), P. Hope (directeur technique de Cigital) et B. Mizelle (directeur général de Cigital) ont montré, à travers des données scientifiques, qu’un joueur de poker aguerri se devait d’avantage d’être un fin stratège qu’un chanceux hasardeux pour exceller dans le jeu. Il est un chiffre statistique qui résume parfaitement le fondement de cette étude. Sur un échantillon de 103 millions de premières mains de poker, les statistiques démontrent que seule une sur huit sera gagnante. C’est pourquoi un joueur ne peut se contenter de ce hasard s’il veut améliorer ses chances de remporter le pot.

Les conclusions du rapport on été rendues au cours d’une conférence téléphonique adressée aux groupes initiateurs de l’étude, récemment, le 27 Mars 2009.

Le rapport « Analyse statistique du Texas Hold’em » a été initié dans un objectif bien précis. En effet, les groupes Cigital, Pokerstars et REEL ont souhaité créer une étude dont les données scientifiques seraient dignes de toute crédibilité pour appuyer une position lors de décisions judiciaires concernant la place du poker dans certains textes de lois.

Une équipe variée, comprenant de nombreux experts en poker, statistiques et diverses théories des jeux s’est réuni lors du procès pour lequel le rapport de Cigital faisait foi, dans le but de défaire le poker de l’identité de « jeu de hasard » qui lui collait injustement à la peau. Le procès à eu lieu au Colorado (USA). Devant les tribunaux, c’est l’appartenance du poker à l’appellation « gambling » qui a été remise en cause. Le plaidoyer consistait à démontrer, avec l’appui des experts et du rapport en question, que le poker n’étant pas un jeu de hasard (mais plutôt un jeu de stratégie), il ne pouvait être concerné par les lois qui régissent les jeux dits gambling. Les juges en application lors du procès ont jugé les arguments signifiants, et ces derniers ont largement contribué au gain de cause de l’équipe d’experts.

Les données statistiques qui ont servi à l’élaboration du rapport ont révélé que la valeur des cartes n’avait en réalité que peu d’influence sur les chances de gagner, dans la majorité des mains étudiées. Ces mêmes données ont été traitées « sans idée préconçue sur le résultat final », a précisé la société Cigital Inc. Mais d’où sortent les 103 millions de mains analysées pour appuyer le rapport d’analyse statistique du Texas Hold’em ? L’étude a entièrement été réalisée sur le site de Pokerstars, au cours de plusieurs parties de cash games de type Texas Hold’em. Toutes en provenance de la section « micro limite » du site Pokerstars.com, avec des blindes de 0,10 à 0,50 $, les mains de l’échantillon statistique ont été jouées entre le 1er Décembre 2008 et le 2 Janvier 2009.

Les premières statistiques publiées par Cigital Inc. ont démontré qu’une grande majorité des parties gagnées a l’abattage l’ont été non pas grâce à une chance hasardeuse mais bien grâce à une stratégie de jeux bien affutée par le joueur, en dépit de la valeur des mains de départ. Les chiffres sont probants. En effet, selon les données recueillies par Cigital, à peine plus d’un pot sur dix est remporté par le joueur qui avait la meilleure main de départ (c’est-à-dire exactement 12% des parties étudiées). Seuls 24, 3% des jeux arrivent à l’abattage, et à peine plus de la moitié de ces derniers sont remportés par la meilleure main. En somme, la meilleure main ne remporte que rarement la partie. Il s’agit donc là plus de stratégie que de hasard ou de chance.

Le rapport Cigital a bien sûr interpellé les principaux groupes du monde du Poker, dont un des plus importants : la PPA (Poker Players Alliance), qui a publié les statistiques les plus probantes dans un communiqué de presse réalisé à cet effet. Habituée à défendre la cause du poker dans de nombreux procès ces derniers temps, notamment pour assouplir les lois des Etats les plus restrictifs en matière de jeux d’argent (le Kentucky par exemple) et pour initier la suppression de l’UIEGA au niveau fédéral (qui forçait notamment les banques à bloquer toute transaction bancaire effectuée sur un site de jeux d’argent, poker, paris ou bingo), l’association est devenue un acteur essentiel dans l’industrie du poker. On peut penser qu’à l’avenir, la PPA sera en mesure d’utiliser les données statistiques en question pour les procès à venir. Ce serait un argument essentiel pour changer l’image du poker, afin qu’il apparaisse à juste valeur comme un jeu de stratégie, plutôt qu’un jeu de chance ou de hasard.

En joueur de poker affirmé qu’il est, A. d’Amato, directeur de la Poker Players Alliance et ancien sénateur, s’est exprimé sur les données du rapport. Il explique qu’un joueur ne fait pas son choix d’attitude (se coucher, suivre, checker, miser…) qu’en fonction de la valeur de sa main. Tout est, selon lui, basé sur une stratégie de jeu, élaborée selon l’attitude des autres joueurs. D’Amato reconnaît les données du rapport comme représentative de l’opinion des joueurs de poker du monde entier, pour lesquels le fait que la stratégie soit une dominante au poker est indéniable.

Le directeur exécutif de la PPA, J. Pappas, s’est à son tour exprimé sur la question. Il précise que cette polémique « le poker, hasard ou stratégie ? » n’a rien à voir avec un caprice de l’égo des joueurs de poker. Pour lui, il s’agit là uniquement d’un problème d’ordre légal. Il ajoute : « A travers le pays, les tribunaux, juges et jurys déclarent tous que le poker est un jeu de stratégie (et non pas de hasard), et cette étude confirme ce fait ».

Au lieu de toutes ces explications, un trio de chiffres plus que probants a été publié. Ils seront un argument de poids pour ceux qui cherchent à reconstruire l’image du poker. Voici ces chiffres :

– Un coup sur deux qui va jusqu’à l’abattage des cartes est remporté par la moins bonne main de départ.
– Moins d’un coup sur huit est remporté par la meilleure main.
– Trois coups sur quatre sont remportés avant même la découverte des cartes.

Cigital Inc. a rapporté comme conclusion au rapport que les « 103 millions de coups observés en Poker Texas Hold’em ont été déterminés plus par la stratégie que par le hasard, et ce par une marge significative ».

La loi UIEGA qui prohibe les jeux de hasard en ligne aux Etats-Unis y a relancé les débats sur la législation du poker, notamment du poker online et de sa place dans la loi. On peut espérer de cette étude qu’elle prenne un poids important lors des procès. Il est essentiel pour les joueurs de tout horizon que le procès se termine en faveur des partisans de la stratégie, tels que la PPA et Cigital. En effet, une prohibition telle en ce qui concerne le poker pourrait nuire à l’ensemble de l’industrie du poker, les joueurs y compris, et ce serait la fin des jeux en ligne au niveau mondial. Espérons que ces chiffres aient l’impact qu’ils méritent.